La Semois, une rivière pas comme les autres...

Jean-Pol Couvert-"Esprit de Semois"-2007

Jean-Pol Couvert-"Esprit de Semois"-2007

   La Semois, douce et sinueuse, prend vie à Arlon, ville nichée à 413 mètres d'altitude. Elle entame un voyage de 210 kilomètres, dansant à travers vallées et forêts, pour enfin se fondre dans la Meuse à Monthermé, en France, à 140 mètres. À Bohan, dernier sourire de la Belgique avant la frontière, elle se repose à 168 mètres. En ligne droite, la distance entre Arlon et Monthermé n'est qu'un souffle de 80 kilomètres.

   Toute la région que vous visiterez à partir du Gîte Le Fournil » situé à Ucimont sur la commune de Bouillon est parcourue par cette rivière vraiment pas comme les autres.

   Pour saisir la magie de son parcours, ses courbes langoureuses et les paysages tantôt ouverts, tantôt resserrés qu'elle embrasse, il faut plonger dans la géologie, ce poème de pierres.

   La Semois traverse deux mondes bien distincts : de l'élégante Lorraine, où elle dessine son lit sur des terres marno-calcaires anciennes, jusqu'à Chassepierre ; puis, en entrant en Ardenne, elle s'enfonce dans un royaume de grès et de schistes, vestiges d'un temps primordial.

   Mais comment a-t-elle sculpté ce chemin aux multiples arabesques ?

   Peut-être a-t-elle commencé à dessiner son cours au Paléocène, il y a des millions d'années. À cette époque, elle s'étirait sur une plaine maritime fraîchement dévoilée, une toile de sables et d'argiles, posée délicatement sur des craies du Crétacé et des roches plus anciennes, marines et sédimentaires du Jurassique.

   L' Ardenne, quant à elle, avait déjà été marquée par deux grands plissements tectoniques, d'abord Calédonien, il y a plus de 400 millions d'années, puis Hercynien, environ 300 millions d'années plus tard.

   Le Massif ardennais, jadis majestueux avec ses sommets atteignant plus de 3000 mètres, a été usé par le temps, aplani au cours des âges. À l'époque jurassique, cette vaste plaine a été recouverte par des couches de sables, marnes et calcaires, laissées par des mers anciennes qui se retiraient puis revenaient, dans une danse millénaire.

   Sur cette vaste plaine maritime, la Semois a trouvé son espace de liberté, serpentant d'Est en Ouest, suivant la lente retraite des eaux. Dans ce terrain doux et malléable, elle a pu tracer des méandres libres, jouant avec le paysage.

   Il y a 28 millions d'années, un nouveau soulèvement, dû au plissement Alpin, a redonné vie au socle ardennais. La Lorraine a suivi, se soulevant à son tour, créant des cuestas aux flancs calcaires, gardiennes du Bassin de Paris.

   En Ardenne, la Semois rencontre les couches dures du Dévonien, des roches antiques déposées entre 408 et 360 millions d'années. Elle garde ses méandres d'origine et les creuse dans cette roche solide, sculptant des vallées profondes et étroites.

   Elle érode son lit, élargissant les vallées au fil du temps, jusqu'à ce que les parois s'effritent et s'éloignent. En Ardenne, la Semois est comme une mélodie ancienne inscrite sur le socle dévonien.

   En Lorraine gaumaise, depuis le point de vue de Chassepierre, on peut admirer la première cuesta (sinémurienne) et ses pentes caractéristiques, une large plaine alluviale s'étalant sur les roches marno-calcaires du Jurassique inférieur, et, au loin, les hauteurs boisées de l'Ardenne dévonienne, majestueuses et éternelles.

   Cette majesté, vous pourrez l'admirer à deux pas du gîte Le Fournil, à Botassart, au Point de vue du Tombeau du Géant.

   La région autour du Gîte "Le Fournil" à Ucimont, dans la commune de Bouillon, est traversée par une rivière vraiment unique : la Semois. Voici pourquoi cette rivière se distingue des autres :

    ! La Semois devient navigable sur plus de la moitié de son cours, mais quel type de navigation permet-elle ?

    !  En hiver, la Semois peut geler par le fond, ce qui est étonnant.

   ! La biodiversité de la région est remarquable, avec des espèces rares en Belgique, parfois les seules de tout le pays.

   ! La Semois parcourt 210 km de sa source à Arlon jusqu'à sa confluence à Monthermé, bien que ces deux points ne soient distants que de 80 km à vol d'oiseau.

    ! Des galets trouvés sur des terrasses situées à plus de 100 m au-dessus de la Semois actuelle montrent qu'une rivière a jadis coulé à cet endroit.

   ! Habituellement, la qualité de l'eau d'une rivière se dégrade en aval. Mais dans le cas de la Semois, la qualité de l'eau s'améliore à mesure qu'elle s'écoule.

  ! La minéralisation des eaux diminue d'amont en aval, alors que c'est généralement le contraire.

   ! En Ardenne, on trouve des plantes calcicoles le long de la Semois, ce qui est surprenant. Mais d'où vient ce calcaire ?

  ! Contrairement à la plupart des rivières de la rive droite de la Meuse, qui prennent leur source sur le plateau ardennais, la Semois commence son parcours en Lorraine, une région plus basse.

   ! Alors que les rivières ont généralement une pente qui diminue vers l'aval, la Semois présente des pentes plus fortes en aval qu'en amont après plus de 80 km de parcours.

  ! À Tintigny, la rivière principale semble être la Rulles, un affluent de la Semois. La Rulles draine un bassin versant plus grand que celui de la Semois, ce qui pose la question : laquelle des deux est la vraie Semois ?

En visitant cette région, vous découvrirez une rivière pleine de surprises et de mystères.

Sources : D.Tellier – Guide-Nature CNB : « Les Paysages de la Semois »                                     (année:?) 
                  Sculpture et photo: J.-P. Couvert, "Esprit de Semois" (2007).